Un séjour au Grand Fourneau

Quand le temps suspend son vol en Sologne

David-Templier

Le grand fourneau, cet endroit intime et secret où l’on casse les aiguilles du temps pour faire place au repos et à la quiétude des jours sans horloge.

Les sifflements des voitures qui se croisent à grande vitesse sur l’autoroute, le brouhaha de la dernière station-service tapent encore dans ma tête quand je m’approche de Romorantin, capitale de la Sologne. Après le passage de quelques feux tricolores, j’emprunte la petite route sinueuse bordée d’étangs et de forêts centenaires. Le va-et-vient des virages me berce et m’apaise comme le ferait une douce mélodie.

Le jaune des jonquilles alterne harmonieusement avec le violet des jacinthes des bois, une toile de maître offerte par la nature.

Le Grand Fourneau

C’est à cet instant précis que je réalise que nous sommes déjà au printemps. J’apprécie de me réconcilier avec le temps.

J’arrive au Grand Fourneau. Ce petit coin de paradis choisi quelques jours auparavant, d’un simple clic sur mon téléphone dans un taxi qui me conduisait à l’autre bout de la ville pour un dernier rendez-vous. Le nom de ce hameau est pour moi un mystère, comme l’est aussi la Sologne d’ailleurs. Était-ce là que l’on cuisait le pain pour l’ensemble des fermes ? Que l’on forgeait les outils  agricoles ?

Peu m’importe, je sais qu’en ce lieu, on aime le bel ouvrage, les bonnes choses.

Les portes s’ouvrent lentement vers un tableau aux mille nuances de vert presque éblouissant. Ma voiture, comme par magie, prend l’allure de l’escargot et semble se diriger seule vers l’emplacement dédié.

 

Je descends, groggy, ivre du silence. Je laisse mes yeux caresser les grands arbres qui bordent l’allée et cette magnifique longère faite de bois et de brique aux douces nuances d’ocre.

Pierre, le propriétaire, me sort un instant de ma rêverie pour m’inviter à profiter des lieux. En entrant, je sens la chaleur du soleil déclinant caresser ma peau, mon regard ne peut s’écarter de ces merveilleuses couleurs qui inondent le salon. L’immense verrière m’attire, tel un papillon sans boussole, et par-delà la piscine, l’étang me promet déjà de belles « causeries ». Je n’ai qu’une envie : m’installer dans l’immense canapé du salon et me laisser bercer par le bruit du vent dans les feuilles des arbres.

Pierre me réveille avec douceur et m’invite à terminer mon songe en compagnie des grands saules élégants dans l’une des chambres qu’il m’a réservée. Je me laisse glisser sans retenue dans la quiétude et l’apaisement, vers une belle nuit de repos tant méritée.

 

 

Le lendemain, mon réveil n’a pas sonné et le soleil est déjà haut dans le ciel quand les odeurs de pain grillé et de café chaud m’invitent à sortir de mon cocon. En rejoignant la terrasse proche de la piscine, je découvre l’âme de la maison à travers de vieilles photos de famille, d’objets rapportés de lointaines contrées, de beaux meubles à histoires. Pierre profite de l’instant pour me donner quelques conseils de visites et de bonnes tables dont il a le secret, mais je suis déjà ailleurs. La fragrance des jeunes roses accompagne mon petit-déjeuner, à peine troublé par le chant des mésanges et du petit « roubsi » [un roitelet en solognot, ndlr].

C’est l’ombre du vol léger et presque inaudible du roi de l’étang qui m’invite à me lever. La nature chuchote à mon oreille, l’étang semble avoir quelque chose à me dire, le héron en est son messager. Je me laisse guider sans résistance, j’ai envie d’écouter, de savoir.

David Templier

 

« Regarde-nous ! Papillons et libellules, colverts et poules d’eau, hérons et aigrettes, guernazelles et petits crapauds, nous n’avons pas d’heure.

Les saisons rythment notre vie, l’intensité de la lumière, nos jours. Ne rien faire nous occupe beaucoup. Nous peuplons les forêts et les prairies, les berges des rivières et les tourbières, les villages et les châteaux. Chaque jour est une nouvelle aventure parce que nos ancêtres, un jour, ont décidé de casser les aiguilles du temps. ».

Lundi matin, 8 heures dans la grande ville. Le silence règne dans mon bureau, le tic-tac de l’horloge s’en est allé pendant mon absence. Je partais à la recherche d’une nouvelle pile quand le héron me dit : « Et si tu attendais encore un peu. »

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